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1993/1994 (PRO A)

1er rang : Éric John (11), Olivier Alinéi (8), Teddy Citadelle (7), Antoine Rigaudeau (4).

2ème rang : Willy Balestro ( Préparateur Physique), Charles Charles-Hélène (Médecin), Michel Léger (Président), Laurent Buffard (Entraîneur), Thierry Zaire (14), Mike Jones (9), Bruno Coqueran (15), Bertrand Van Butsele (10), Christophe Évano (5), Winston Crite, Gilles Bernard (Kiné), Alain Gentric (Kiné), Jean-François Martin (Entraîneur Assistant), Éric Girard (Entraîneur Assistant).

CHAMPIONNAT

Dès, la seconde journée, Cholet va pouvoir se rendre compte de son niveau dans le Championnat puisque CB affronte le Champion d’Europe en titre, Limoges. Sous l’impulsion d'Antoine Rigaudeau et de Mike Jones, Cholet ridiculise les Limougeauds en leur infligeant un sévère 48-65 à Beaublanc. Rapidement, les Choletais s’installent à la 1ère place du classement et sont Champions d’Automne avec une seule défaite. La première partie du championnat laisse augurer de très belles choses pour la suite de la saison.

Hélas, Cholet Basket, qui doit composer sans Bertrand Van Butsele, se voit aussi priver de Winston Crite, blessé au genou. CB va concéder deux revers cuisants contre Limoges à la Meilleraie et plus surprenant, à Sceaux. Du 25 janvier au 26 février 1994, CB va enchaîner les matches pour au final en jouer 11 sur ce laps de temps très réduit. Les organismes commencent à être fatigués et cela se sent sur le terrain. La fraîcheur des premiers matches a disparu et les contre-attaques ne sont plus aussi foudroyantes. Les sorties excessives de José Vargas (le pigiste de Crite) et de Mike Jones se ressentent dans l’ambiance de l’équipe. Si bien que Cholet Basket multiplient les contre performances, notamment contre Le Mans. Les Choletais finissent les deux derniers matches de la saison par deux défaites face à Levallois et à Villeurbanne. Cholet finit 3ème de ProA.

Play-Offs

En quart de finale, les joueurs choletais affrontent leurs homologues parisiens. Cholet s’impose à la Meilleraie 97-91. Au match retour, les Parisiens, qui ne veulent pas faire figure d’outsider, disposent de Cholet 96-87. La belle à la Meilleraie, CB veut accéder à la demi-finale. Cholet reste « dans le coup » tout le mach mais les Choletais accusent la fatigue d’une saison qui a été très longue et craquent dans les dernières minutes du match pour finalement s’incliner 65-69.

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photo-saison-93-94.gif, par a3web

 Antoine Rigaudeau se sera beaucoup battu cette saison... pour y laisser beaucoup de regrets.

Coupe des Coupes

Dispensé du premier tour de la Coupe des Coupes, Cholet passe sans encombre les tours suivant face à Pepinster (Belgique) et Uusikaupunki (Finlande). En poule, Cholet retrouve des connaissances. Ainsi, l’Aris Salonique (tenant du titre), Galil Elyon et Ovar sont dans leur groupe. Les bulgares de Sofia et les croates de Zadar viennent compléter la poule. La paire américaine et Rigaudeau se révèlent être un trio fatal à toutes les équipes puisque contre toute attente les Choletais passe la phase de poule en terminant en tête de leur groupe. Cholet gagne tous ses matches à la Meilleraie et ne perd qu’à Sofia, Ovar et Salonique. 

Cette première place permet à Cholet Basket d’avoir l’avantage du terrain. Ils vont être opposer à Vitoria en demi-finale. Le premier match voit CB perdre à Vitoria 67-81. José Vargas n’arrive pas à contenir l’ex star NBA Ken Bannister. Lors du match retour, les supporters sont venus en nombre pour porter son équipe vers la finale. Rigaudeau, Jones et Coqueran sont héroïques et CB remporte le match 103-90. La belle se voulait être une grande fête et Cholet est tout prêt d’un exploit. Mais les choletais sont trahis par les américains qui réalisent leur plus mauvais match de la saison. L’Equipe titre le lendemain : « La Meilleraie en a rêvé, la Meilleraie en a pleuré ».

Tout était trop parfait pour Cholet Basket qui pour la deuxième fois échoue aux portes de la finale.

Extrait du livre "Cholet Basket : 25 ans au sommet" de Michel Gourichon

93/94 : Tout près des étoiles

Laurent Buffard récupère pour cette saison la majorité de son équipe 91/92. Citadelle, Coqueran, Zaïre (tous prêtés la saison passée) retrouvent Rigaudeau, Allinéi, John et Van Butsele. Evano entame une seconde saison.
Avec un joueur de 25 ans, deux de 24, un de 23 et trois de 22 ans, c’est encore de loin l’équipe la plus jeune du championnat. Avec ses 29 ans, BVB devient l’ancien de l’équipe.

Côté «ricains», les dirigeants se sont vraiment tournés vers le spectacle en engageant Winston Crite, un petit pivot, très tonique, meilleur joueur de pro B la saison passée, dont les surnoms en disent long sur son jeu : « Air Crite », « Mister Dynamite », « Winston TNT Crite ». Mais la surprise de l’été est l’arrivée à Cholet de Mike Jones. L’ex-palois retrouve la France après une saison à Barcelone. Celui qui fut l’un des meilleurs joueurs du championnat durant ses deux saisons à Pau arrive avec sa réputation de joueur à faire lever les salles mais aussi d’homme fantasque dont la vie extra sportive n’est pas toujours facile à gérer.

Le message du coach en début de saison est limpide : « Ce que l’on veut cette saison, c’est : 1 plaire au public. 2, en gagnant. 3, en gagnant le plus souvent possible. 4, voir jusqu’où la somme de ces trois paramètres peut nous mener… Mais avec un peu de chance, pourquoi pas très haut ? ».

L’alchimie de ces paramètres va réussir au mieux dans la première phase. Avec une seule défaite à Dijon (79.85), CB vire en tête à mi-parcours.

Dès la première journée, les Choletais ont montré leur superbe jeu offensif, M. Jones (32 pts) et Rigaudeau (26 pts et 12/12 aux lancers francs) ouvraient la voie.

Pour la 2ème journée, Limoges, champion d’Europe en titre, était humilié sur son parquet (48.65) par une équipe choletaise transcendée derrière Jones et Rigaudeau.
Le 21 septembre 93, la Meilleraie se drapait de ses habits de fête pour accueillir Sceaux et celui qui avait été pendant 7 ans l’idole des foules : Graylin Warner. Pendant de longues minutes, les 4500 spectateurs applaudirent le lévrier des Mauges. Cet hommage ne lui coupa nullement les bras. Malgré la défaite des ses siens, il se rappelait au bon souvenir des Choletais en terminant meilleur marqueur de la soirée avec 33 points.

Une victoire à Antibes (68.65) et CB s’installait à une 1ère place qu’il n’allait pas quitter de sitôt. Derrière Jones et Rigaudeau, leurs équipiers flambaient : Evano (24 pts) à Lyon, Crite (26 pts)à Gravelines…

CB devait composer depuis le début de la saison avec la blessure de BVB. Il faut ajouter maintenant celle de Winston Crite. Obligé de soigner un genou récalcitrant, il laisse sa place à José Vargas, qui avait causé mille misères à CB en 90/91 lorsqu’il jouait à St Quentin (48 pts en 2 matchs).

Pour son premier match à la Meilleraie, il inscrivait 25 points, captait 9 rebonds, derrière un M. Jones magistral (31 pts, 8 rebonds, 9 passes décisives).

Lors de la 13ème journée, avec 12 victoires et 1 défaite, CB etait sacré champion d’automne, pour la 4ème fois en 7 saisons. La reprise était difficile, CB essuyait deux revers cuisants face à Limoges (65.68) et, plus surprenant, à Sceaux (78.92). Le championnat était dur, le, le parcours européen également. Avec l’accumulation des blessures (John, Evano, BVB), la fatigue se faisait sentir. Mais les équipiers de Rigaudeau se ressaisissaient et se maintenaient à la seconde place derrière Limoges. Coqueran faisait à son tour un passage par l’infirmerie.

Février 94 sera le mois des gros coups de froid. En course pour la demi-finale de la Coupe d’Europe, CB voyait se dresser les 12 travaux d’Hercule. Entre le 25 janvier et le 26 février, les joueurs auront11 matchs à digérer, dont un déplacement à Pau entre les deux matchs de la demi-finale contre Vitoria.
Les tribulations extra sportives de Jones et Vargas se ressentent sur le terrain. Les ballons avaient quelques difficultés à atteindre la cible ; à Pau, Jones (6/16 aux tirs) et Vargas (6/15) accéléraient la chute (défaite 67.81)

Le 26 février, 2 jours après leur élimination de la Coupe d’Europe, les Choletais se faisaient cueillir par les Manceaux, 13ème et avant dernier du championnat. Ils restaient cependant accrochés à la 3ème place Mais le ressort était cassé. Et c’est une équipe de CB sans âme qui terminait le championnat par deux défaites face à Levallois et à Villeurbanne.

En quart de finale de play off CB se voit opposer le PSG. CB s’imposait 97.91 dans sa salle. Au match retour les Parisiens avec un Fortier impérial (27 pts, 11 rebonds) s’imposaient 96.87.

De retour à la Meilleraie pour la belle, les joueurs de Buffard étaient bien, décidés à continuer la route vers les demi-finales. Dans le coup tout le match, CB va craquer dans les deux dernières minutes pour s’incliner 65.69.

A l’issue du match. A. Rigaudeau déclarait : « Dès avant la demi-finale de Vitoria, nous n’avions plus ces contre-attaques et ces moments d’euphorie… Nous n’avons pas été présents dans deux moments importants, ce soir et lors du troisième match contre Vitoria. » La merveilleuse saison de CB s’achevait dans un silence de cathédrale. Le play-off à ceci de cruel : seul le champion finit la saison dans la joie. Pour tout les autres, elle se termine par une défaite.

CB avait encore approché les étoiles mais n’avait pu décrocher la lune. Son parcours dans l’hexagone et en Europe avait été superbe et avait fait rêver les 5000 supporters présents à chaque match dans les travées de la Meilleraie. Le public en redemandait et c’est tant mieux.

En Coupe Busnel, CB n’aura fait qu’un court passage, vaincu dès le premier tour (1/16ème) par Pau-Orthez.

Du côté des jeunes, on continuait la cueillette des trophées avec un titre de Champion de France pour les Cadets, un autre pour les minimes garçons et une Coupe de France pour les cadettes.

En ce mois de juin 94 M. Léger laissait les rênes de l’association à Y. Oger. Le président fondateur de CB, après 19 ans de présidence, estimait que le club pouvait prendre son envol. Y. Oger émettait alors un souhait : « Même si Michel reste avec nous, c’est quand même une page qui se tourne. Alors, j’aimerais qu’il soit nommé président fondateur de Cholet-Basket ». Ce titre, bien qu’honorifique, était lourd de signification et d’émotion pour tous ceux qui, depuis un certain 18 juin 1975, sont de l’aventure…

Laurent Buffard a fait un bon bout de chemin avec CB. Adjoint de T.Becker et de J.Galle, il a été aux commandes de l’équipe de 1991 à1995. Aujourd’hui, c’est avec les filles de Valenciennes qu’il connaît les joies du championnat et de l’Euroligue. Mais il n’a pas oublié CB… Regard à la loupe sur la saison 93/94 :

-Le championnat 93/94

« Une belle saison dans l'ensemble, malgré la 3ème place après avoir été longtemps 1er.

L'équipe a été déstabilisée par le changement de Crite par Vargas n°4/5°. Bien intégré au collectif mais pas le même impact que Winston sur l'équipe.

La fin de saison a été difficile, marquée surtout par la blessure d'Antoine. Le collectif s'en est trouvé difficile à gérer, la majeure partie des systèmes étant basée sur Antoine ».

-Une anecdote

« La victoire à Elyon. Juste avant le match, Mike Jones apprend que son père est décédé (il l'avait vu en décembre). Mike décide de jouer quand même pour "l'esprit d'équipe" comme il l'a déclaré. Il a même ajouté que son père aurait été fier de lui ».

-Mike Jones

« Suite à cette anecdote, il est devenu un homme de parole, dévoué pour l'équipe. Il représentait un pari en début d'année (en provenance de Barcelone, saison en 1/2 teinte).

Mike était un personnage attachant qui avait besoin de repères (suite à une enfance difficile notamment). Cholet (club familial) pouvait lui apporter ce manque. Un joueur très important dans la réussite de l'équipe 93/94 ».

-Les 45 points d'Antoine face à Galil Elyon

« Il voyait le cercle trois fois plus grand qu'il ne l'était !!!

Ce soir là, des officiels de la FIBA présents pendant le match avaient été surpris par la perf d'Antoine. (Le Mozart de CB...) Une perf… A inscrire dans les annales du club et même plus (France et Europe) ».

-Le remplacement de Crite par Vargas

« Quand Winston s'est blessé, il y avait peu de joueurs disponibles sur le marché. On a opté pour Vargas (déjà vu à St Quentin) pour le côté physique et l'expérience. Il a fait une saison très correcte mise à part la demi-finale face à Vitoria et la fin de saison ».

-Une anecdote
« Il a faillit être élu M.V.P. lors de l’All Star Game huit jours plus tard.

Quant à Winston, il était plus explosif, quasiment intégré comme un joueur français. Dévoué pour le collectfi et très complémentaire d'Antoine. Je me rappelle cette victoire à Limoges en championnat et du côté explosif de Winston. (Beaucoup de talent chez ce joueur) ».

-L'ambiance du club, la vie de coach, les 4 saisons au club, les supporters

« Quatre superbes années. Une bonne ambiance au sein du club. CB a su monter les échelons un à un sans brûler les étapes. Le club s'est structuré de manière intelligente.

La participation à l'Euroligue cette saison est la récompense de tout ce travail accompli même si les résultats n'ont pas été extraordinaires. De toute manière, on se rend compte que l'Euroligue est difficile même pour des clubs comme l'Asvel et Pau Orthez.

L'esprit local est très marqué dans ce club, mais CB est pourtant réputé en Europe. Lors d'un voyage aux Etats-Unis, j'ai été surpris quand les gens m'ont dit qu'ils connaissaient le club de Cholet.
Au sujet des supporters, je les trouve toujours aussi fidèles (assidus). Le club de CB est le symbole même d'un club qui assure la "pérennité" grâce à ses supporters. D'autres clubs voient leurs supporters changer, pas à Cholet. Dans la victoire comme dans la défaite, le public est très connaisseur, donc très exigeant.

Le club de Cholet Basket est imprégné d'une culture basket "locale", basée sur la Formation.

Des entraîneurs reconnus de Pro A ou Pro B, Philippe Hervé, Bertrand Van Butsele, Thierry Chevrier, Didier Dobbels, Eric Girard, Jacky Périgois, Tom Becker sont passés par l'école choletaise de basket, ce qui me semble un gage de qualité pour ce club ».

93/94 Coupe d’Europe

Laurent Buffard peut toujours compter sur Rigaudeau, Evano, John, Allineî, Citadelle, Zaire, Coqueran et Van Butsele. Winston Crite et Mike Jones compléteront l’effectif.

Dispensé du 1er tour, CB passe sans encombre les deux tours suivant (sauf en Belgique) face à Pepinster (Belgique et Uusikaupunki (Finlande)

En poule quart de finale CB retrouve l’Aris Salonique (tenant du titre), Galil Elyon et Ovar. Sofia (Bulgarie) et Zadar (Croatie) seront les nouveautés. CB avait une belle carte à jouer. Mais Winston Crite n’était plus du voyage. A cause d’une blessure, il devait laisser sa place à José Vargas.

Associé à Antoine «diabolic » Rigaudeau, la paire américaine allait s’avérer redoutable.

Mike Jones avec des matchs à plus de 30 points rivalisait d’adresse. Antoine allait cependant créer la sensation et faire chavirer la Meilleraie en inscrivant 45 points face à Galil Elyon avec un fabuleux 10/11 à 3 points.

Contre toute attente, CB termine premier de sa poule

L’équipe des Mauges accède pour la seconde fois de son histoire à une demi-finale européenne. Mais cette fois les débats sont plus équilibrés. Les supporters choletais se mettent à rêver d’une finale à Lausanne.

Taugrès Vitoria (Espagne) est une équipe solide qui a terminé seconde de son groupe derrière Ljubjana (Slovénie). Perasovic, Bannister, Laso, Rivas rêvent sûrement eux aussi d’aller en Suisse. Mais CB à l’avantage du terrain.

Dans ce premier match à Vitoria, Cholet Basket cède face à la forte pression basque 67.81. Vargas, éteint, n’avait pu contenir l’ex star NBA Ken Bannister (235 matchs en NBA).

Au match retour, tout le monde était sur le pont. Répondant à «l’appel des Diables Rouges », c’est une marée rouge et blanche qui enflammait la Meilleraie ce mardi 22 février 94.

Tout le monde remontait les manches. Jones (38 pts) planait sur la Meillleraie, Antoine (30 pts) distillait les caviars. Coqueran (12 rebonds) volait la vedette à Bannister. Seul Vargas répondait étrangement aux abonnés absents (lui qui avait déclaré venir à Cholet pour gagner la Coupe d’Europe).

Du coup, on avait droit à la belle deux jours plus tard. La ville battait au rythme du basket. Toutes les caméras étaient braquées sur la capitale des Mauges.
Encore pleine à craquer, la Meilleraie était prête à chavirer et à porter ses protégés pendant 40 minutes. Mais personne n’avait imaginé que la défaite naîtrait dans le propre camp de CB. « Trahi par ses étrangers », tel était le constat que l’on pouvait faux à l’issue du match. Vargas (2 pots) et Jones 5/20 aux tirs avaient tiré CB vers le précipice. Le dévouement et l’abnégation des Français n’avaient pas été suffisant pour renverser la vapeur. A 22 h, tout s’est écroulé. « La Meilleraie en a rêvé. La Meilleraie en a pleuré » titrait l’équipe.

Le lendemain matin à Sceaux, en débutant l’entraînement Graylin Warner avait du mal à cacher sa déception. Le «lévrier des Mauges » n’arrivait pas à effacer le sentiment d’un beau gâchis !

Antoine Rigaudeau reste le symbole de CB. Passé par tous les échelons de la formation, il explose au début des années 90. Le maître à jouer choletais revient avec beaucoup d’émotion sur ce qui reste la plus belle et la plus cruelle saison de CB en Coupe d’Europe (93/94) :

« Nous sommes arrivés début août avec l'envie de se faire plaisir et d'avoir des résultats en championnat de France. La coupe d'Europe est toujours un plus pour un jeune joueur et un jeune club qui n'a pas le budget des gros clubs, européen ou français : les objectifs ne sont pas très relevés. Mais comme l'argent ne fait pas le basketteur, nous sommes partis sur les chemins de l'Europe avec peu d'ambitions (comme tous les ans) et un groupe talentueux et soudé.

D'ailleurs la pierre angulaire (je peux l'appeler la pierre ou le roc sans aucun remord vu son physique) était Winston Crite. J'ai beaucoup de respect pour le joueur et l'homme. J'adore ces petits intérieurs d'à peine deux mètres. Un jour il me dit : "nous serons champion de France". Cet optimisme objectif nous a poussé tout au long de la campagne européenne.

La première rencontre fut perdu chez les Belges de Pepinster où je n'étais pas très bien dû à des problèmes contractuels et à une envie personnelle et égoïste de grandir le club de Cholet Basket au rang des grands clubs français qu'étaient Pau Orthez et Limoges à l'époque. Après une entrevue avec Michel Léger et un accords, les -7 de l'aller se sont évaporés sous les +19 du retour. Les joutes européennes étaient lancées, et créaient déjà de belles frayeurs et de belles émotions pour nous et pour le public.

Puis nous avons joué contre des finlandais (merci monsieur l’auteur de l'avoir dit) et là, c'est le trou noir : pas même le souvenir d'un renne ou d'une grande fille blonde aux yeux bleus dans les tribunes ; non, non, non et encore moins le nom de cette équipe (je suis désolé pour cet oubli).

Enfin, nous attaquons la poule des quarts de finale où nous sortons premier. Nous allons à Ovar au Portugal, dans un petit gymnase où il ne fait pas bon y jouer l'hiver sinon avec des moufles : vous comprenez, cher lecteur, qu'il est donc possible de perdre à Ovar.

Zadar (Croatie) et Sofia (Bulgarie), deux villes de l'Est, étaient également à notre programme. A Split, pour cause de guerre, nous gagnons contre les Croates, où une cinquantaine de casques bleus nous supportaient et nous rassuraient. Les deux ou trois coups de fusils entendus la nuit précédente nous rappelaient la réalité des choses. Cela nous faisait du bien, à nous français, de se rendre compte comment était la vie dans d'autres pays.

A Sofia, nous perdons assez nettement et Michel Léger, à juste titre, piqua une grosse colère, une très grosse colère. Au match retour, nous avons pris notre revanche : +40 pour nous. En effet, un joueur nous avait plus ou moins chambré en Bulgarie : cette équipe avait de la fierté.

L'épisode de Galil Elyon (Israël) à la Meilleraie, reste pour moi un grand moment de ma carrière choletaise. J'étais en état d'euphorie : j'avais marqué neuf de mes dix tentatives à trois points. J'étais sur l'aile droite et Olivier Allinéi montait la balle, je me retournai vers la tribune et dis : "le prochain je le mets", deux secondes plus tard, la passe arrivai, je shootai sans réfléchir (la meilleure chose à faire d'ailleurs) et le public s'exclama : le ballon devait être rentré. Il était temps d'aller prendre une bonne douche bien chaude.

La cinquième équipe était de Grèce. Le match se déroula à huis clos à Athènes alors que nous jouions contre Salonique. Nous devions tenir le goal-average pour être premier ; Nous réussissions sans Mike Jones. Le lendemain, nous pouvions visiter Athènes dans la peau de demi-finalistes.

Une demi-finale qui restera un des pires moments de ma carrière. Je crois (en tout cas j'espère) que tout le monde était mobilisé pour ce match. J'eux des frissons en rentrant sur le parquet et découvrant la Meilleraie pratiquement pleine trente minutes avant le début de la troisième manche. J'étais beaucoup plus énervé, deux jours auparavant, quand nous sommes retournés faire un tour d'honneur après notre victoire sous les applaudissements du public. Je n'étais pas d'accord. Le Basque de Vitoria est fier, il monta le niveau de jeu sur un plan physique auquel nous ne sûmes répondre, nous avons reculé et perdu. Je repartis seul de la Meilleraie, les mains sur le volant, les larmes dans les yeux.

Et Winston ! Tu ne m'as pas dit "nous allons gagner la coupe d'Europe".

Etait-ce prémonitoire ?

Ton genou t'a trahi malheureusement pour toi et certainement pour nous.

J'aurais aimé te serrer dans mes bras et te dire : "Nous sommes champion de France et nous avons gagné la Coupe d'Europe".